11 novembre 2009

Atlanta phase 1

(Ce message a été écrit le 13 octobre 2009 pour part dans l'aéroport LaGuardia à New York et pour part dans l'avion à destination d'Atlanta.)

Cela fera 7 semaines ce mercredi que mon avion Paris - Atlanta s'est posé sur le sol américain pour une année sans retour, ou presque sans retour. Et ce 13 octobre, tandis que j'écris dans l'avion, je sais qu'une première page sera tournée au moment où je poserai mon sac à dos en bordel plein de linge sale sur la moquette grise de mon appartement à Atlanta. L'aéroport et l'avion, qui sont ces lieux en dehors du temps, ces failles, ces grandes machines qui se moquent des heures, m'offrent une bonne opportunité pour une retrospective de circonstance.

  • La fin d'un ère

D'abord quitter la France. Quitter Agde, puis quitter Paris. Dire au revoir aux amis, un soir au hasard autour de quelques moules, sur un ultime shot d'une tout à fait légale vodka dans un bistrot légal pareillement, et le dernier QPUC dans quelque cybercafé d'une rue de Montparnasse... Dire au revoir à Paris, dormir à Roissy. Et dire au revoir totalement, au final.
Dans l'avion, le plus difficile, c'est de ne pas tourner la tête pour ne pas voir la polonaise en chaleur se faire peloter par un GI sur le retour. C'est aussi, grand classique des avions, l'heure des tristesses et des introspections, l'heure des analyses, l'heure des souvenirs. Quand on a comme moi que quelques années dans le sac, "partir un an" n'a pas d'autre signification que "partir toujours". "Au revoir", "Adieu". Ce qui, par ailleurs, est sans doute tant mieux, car celui qui part ne veut jamais revenir, c'est un lieu commun.
L'avion décolle et j'ai déjà pas mal rembobiné le film. Je veux dire, depuis le début, vraiment. Le plus loin, loin, loin. Où quand je pataugeais encore dans ma bonne boue d'Ardennes. Je cherche des points de comparaisons, du genre, une chose semblable dans mon existence à tout plaquer totalement, culture, pays, langue compris. Le style d'évènements qui font que d'un coup, votre vie n'est plus la même, que tout a pris une certaine direction ; et si je sais que, dans les grandes lignes, tout a toujours bifurqué pour le mieux so far, tout aurait pu bifurquer pour le pire, aussi. Mis dans l'avion, je ne vois que 2 jours de mon existence un peu semblables à celui là : le jour où je quittais les Ardennes pour le Sud, et le jour où je quittais Agde pour Paris.
2 jours au fond passablement aléatoires qui m'ont transformé. Totalement. Celui qui dit que l'essence précède l'existence est un menteur. S'ajoute ce troisième, et je sais que chacun d'eux mettaient fin à une ère (l'Ardenne, la famille, le pays) et en ouvrait une autre. Ce 19 Août 2009 c'était de la bombe atomique, un truc fondamental, de l'inédit, du même-pas-pensé. Roissy Charles de Gaulle était témoin de la fin de 2 années à Paris. 2 années tellement étranges, tellement nouvelles que j'ai toujours su qu'elles m'avaient changé, tant et tant que je ne suis pas sûr de me souvenir ce que j'étais auparavant. D'ailleurs, avais-je seulement déjà été ?

  • Premier constat :

Partir, c'est mourir un peu. Et en cela, c'est beau, c'est louable et c'est difficile. C'est faire mourir le menteur within. J'en ai toujours été convaincu. Il s'agit, c'est un lieu commun, de partir le plus loin possible de soi-même pour se retrouver dans nos destinations aléatoires. Détruire tout ce qu'il y a de non-sincère, d'illusoire, de shallow. Toutes ces conneries de fantômes après lesquels on court, sans raison. Tout foutre à terre. Enfin.
Il me faudra revenir là dessus mais la grande leçon que je garde pour l'instant est celle ci : Accélérer, détruire, et accélérer encore.

  • Les évidences

Ce pays est grand, travailleur, fou. Tout repose sur beaucoup de travail pour donner à tout l'odeur de l'argent ("Mais pas d'odeur vous monte au nez..."). Il y a les parents qui payent les droits de scolarité (jusqu'à 50 000$ l'an), les crédits qui sont faits, ceux qui font un travail pas-tellement-utile-mais-quand-même (ainsi de ceux qui remplissent les sacs au supermarché, les balayeurs de rues déjà propres et les conducteurs de bus presque vides). On achète des choses, toujours des choses, et on fait dans l'abondance : bouffe grasse dont il en reste toujours et qu'on va jeter dans l'emballage / 4x4 en ville pour tous / clim glacée dans tous les bâtiments, y compris les vides, y compris aussi ceux où il fait déjà froid.

Qui aurait cru que sur ce continent les gens soient si gentils ? Ils peuvent s'adresser la parole sans se bouffer le nez, les inconnus ont toujours un mot pour les autres inconnus. Pas de psychose. Je n'ai pas eu une seule relation humaine désagréable ou non-cordiale depuis que l'avion a décollé (outre la polonaise). Pays de politesse et d'amabilités. Corollaire : les gens sont dociles, c'est le docile body, j'y reviendrai, ils sont bien sages, bien éduqués, et quelque peu moutonniers, par le fait. Ne traversez pas hors des clous, faites du sport, habillez vous bien, ne fumez pas, ne buvez pas avant 21 ans et même après, tâchez d'éviter, en tout cas surtout pas dans la rue, coiffez vous bien, passez gentiment...  Non seulement la police est partout, mais il est inutile pour elle d'être présente pour faire respecter ses lois.
Corollaire du corollaire : ce pays a de nombreux aspects policiers, hygiénistes et fascistes.

Je sors de l'aéroport;

Nouveau constat : "PUTAIN il faut chaud"

La suite plus tard.

Posté par monsieur-h à 09:18 - Commentaires [0] - Permalien [#]


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